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L'origine de Saint-Martin-du-Canigou remonte, dit la tradition, à l'époque où les Maures
dévastaient la Cerdagne. Le comte Guiffred décida de leur tendre un piège afin
de les tuer tous jusqu'au dernier. Il réunit son conseil et expliqua par quelle
ruse il avait projeté d'en finir avec ces ennemis de la foi. Le plan consistait
à laisser s'engager les Maures dans un sombre défilé de montagnes. Une fois
qu'ils seraient pris dans ce goulet étroit, il ne resterait plus qu'à massacrer
la colonne des Sarrasins, au signal donné par le comte Guiffred. Hélas !
Cette ruse de guerre échoua. Le fils de Guiffred aperçut, le premier, les Maures
qui s'engageaient dans les gorges d'Angoustrine. Oublieux des ordres donnés,
impatient de décimer l'ennemi, il devança l'heure du combat. Bien mal lui en
prit. Si quelques Maures furent tués, les autres purent s'échapper et se sauver.
La défaite totale dont rêvait le comte Guiffred, à cause de son fils, n'eut pas
lieu. Le comte en fut si irrité qu'il galopa jusqu'aux gorges d'Angoustrine
pour y tuer son propre fils. La nouvelle fit grand bruit dans le pays, se
répandit bien au-delà et, quand le pape Sergius IV l'apprit, il imposa au père
coupable une pénitence : il devait, afin de racheter sa faute, faire édifier un
monastère.
C'est à l'instigation du comte de Cerdagne Guifred II que
le monastère fut établi. Les premières mentions datent de 997, date à laquelle
le chantier a probablement commencé. De nombreuses donations au cours des années
suivantes montrent bien que le chantier fut mené de manière très régulière. Guiffred éleva d'abord la chapelle de Saint-Martin d'Angoustrine.
Pendant longtemps, les montagnards montrèrent une tache rouge qu'ils disaient
être laissés par le sang de son fils du comte Guiffred. Puis il fit construire
l'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou dont la première pierre fut, dit-on, posée
en 1001. L'église est consacrée le 10 novembre 1009 par
Oliba, évêque d'Elne (son frère était abbé de Saint-Michel de Cuxa). Elle sera
dédiée à Marie et aux saints Martin et Michel. Quelques années plus tard,
l'église se dote des reliques de saint Gaudérique. L'abbatiale est alors
agrandie et re-consacrée (l'année exacte n'est pas connue avec exactitude : soit
1014, soit 1026). Le comte Guifred II se retira à l'abbaye vers la fin de sa
vie : il y mourut en 1049.
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