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Les traditions

 


La naissance - Le mariage et la vie conjugale - Les femmes pyrénéennes et l'amour - Les rites funéraires - Le carnaval - Danses et mascarades - Mystères et processions - Au son de la flûte et du tambourin - Les Olympiades rustiques - "L'irrintzina"

 

Rites funéraires3

Des lumières pour les âmes des défunts
Telles les pleureuses antiques...
Des justicières inspirées
Le rite funéraire en pays basque

 

Des justicières inspirées

Ces complaintes funèbres portaient dans les vallées béarnaises le nom d'aurost, les pleureuses, celui d'aurostères : "Triomphe de la souplesse et de l'ampleur des voix de la montagne, l'aurostère s'affirme sur le mode aigu, descend aux notes les plus sombres, remonte soudain sur un cri déchirant et s'arrête épuisée, impuissante, dans un silence qui souligne sa détresse."

Les mots qui accompagnent ces vocalises sont des improvisations qui, stéréotypées la plupart du temps, ne peuvent prétendre à la poésie. Mais la littérature populaire basque a laissé quelques complaintes qui sont des chef-d'oeuvre, telle celle de Berteretche qui perpétue le souvenir d'un sanglant fait divers au XVe siècle, survenue dans la vallée de la Soule, ou celle de la jeune veuve dont le mari est mort au soir de ses noces :

Quand le soleil se leva,
Oui ! Et vêtue de soie,
J'étais mariée,
Quand il était midi sur nos têtes,
J'étais dame de grande maison,
Oui ! Et jeune veuve... jeune veuve...
Quand le soleil se coucha !

En Béarn, une aurostère, Marie Blanque, d'Osse-en-Aspe, devint aussi célèbre pour ses dons d'improvisation que pour sa beauté et ses amours tumultueuses. Elle avait aimé Armand de Laclède qui fut tué à coups de briques par des femmes. Marie Blanque allait aux funérailles improviser des lamentations où le mort, sa famille et ses amis étaient, selon son inspiration, loués ou blâmés. Le vieux Jean de Laclède, faisant dire à Bedous un service funèbre pour son fils, pria Marie Blanque de venir chanter "l'aurost" en présence des députations de tous les régiments où Laclède avait servi et d'une foule de gens de la vallée. Quand Marie Blanque commença à lancer sa plainte, l'assistance fut bouleversée : ce n'était pas une pleureuse venant faire son office sur commande, ni même une simple Aspoise, célébrant le courage d'un combattant qu'on entendit, mais une femme déchirée proclamant la mort de son amour.

Ce qui frappe le plus, c'est le ton satirique de certaines complaintes : l'aurostère était aussi une justicière inspirée qui pouvait insulter la famille, le mort même, dire à haute voix ce que se disait tout bas, dénoncer les coupables qui voulaient sauvegarder les apparences. Elle était protégée par une fonction sociale qui dépassait sa simple personne.

Les aurosts ont disparus lorsque les convenances n'ont plus admis que les enterrements où la bienséance était sauvegardée.

La plus belle image que l'âme pyrénéenne en face de la mort, c'est sans doute à Campan, en Bigorre, le monument au morts de la guerre 1914-1918, conflit qui a irrévocablement vidé ces vallées de leurs hommes. Une simple femme debout est ensevelie sous la grande cape de deuil qui l'enveloppe jusqu'aux pieds et qu'elle referme de ses mains crispées. Dans l'ouverture de la cape, on entrevoit un visage ravagé, aux yeux clos ; cette femme ne se replie pas, elle se recueille, elle écoute... Présences invisibles revenues dans la vallée, les combattants lui parlent... pour qu'elle se souvienne.

"Guide des Pyrénées mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou

 

 

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