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Il y a au cœur
du vieux Céret une fontaine monumentale connue sous le nom de Font deu
Nou Raigts, la "fontaine des neuf jets". Son décor tourne autour du
thème du chiffre mystérieux. Au sommet d'une colonne à pans que surmonte
un lion, neuf jets d'eaux s'échappent des gueules de neuf dragons
accroupis dont les queues s'entrelacent. Au-dessous, un chapiteau
représente un groupe de danseurs (des hommes alternant avec des
femmes) qui se tiennent par la main et, tournés dans le même sens,
esquissent un pas de danse, le pied droit levé, les genoux ployés sous une
longue robe. C'est un étrange rappel des frises que les poteries
grecques des Cyclades et les vases ibériques de Numance reproduisaient un
millénaire avant Jésus-Christ. |
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Si l'on compare
les personnages de la fontaine des nou raigts aux danseurs figurants aux
flancs des vases provenant des fouilles d'Etrurie ou de Sardaigne, on accepte
l'idée que les marins sardes ou crétois aient été les initiateurs de la
sardane. Pourtant, ni en Sardaigne, ni en Grèce, les spécialistes n'ont
retrouvé de pas de danse semblables à ceux de la sardane.
Jusqu'en 1870,
la sardane comprenait une succession de huit mesures de pas courts (curts)
et seize mesures de pas longs (llargo). Elle paraissait calquée sur la
division du temps au cours d'un jour d'été, fait de huit heures de nuit pour
seize heures de lumière. C'est à cette époque qu'un musicien de Figueras, Pep
Ventura, libéra la sardane de ce canon rigide, et composa définitivement
la cobla, l'orchestre d'accompagnement : le flaviol et son
tambour, deux tiples, deux tenores, deux trompeta, deux
fiscorn, un trombon, une contrebasse.
Pour un
Catalan, il ne peut exister de formation musicale plus riche et plus complète.
Elle peut extérioriser tous les sentiments : les fiscorns et le
trombon apportent la douceur des flonflons, la trompeta son éclat, le
tiple son tragique ou sa trivialité. Mais la tenora est le roi de
la mélodie ; son volume sonore, qui va du pianissimo au fortissimo,
inspire le respect par la majesté du timbre. " Tour à tour, brillant, enjoué,
fier et altier, majestueux, poignant, douloureux ou passionné selon le caractère
de chacun de ses registres, c'est l'instrument le plus impressionnant qui soit.
Il remue jusqu'au fond des entrailles l'enfant du Roussillon, lorsque le
fiscorn l'accompagne de son contre-chant noble de grand seigneur."
Dans sa Lettre
d'une vieille femme à une jeune fille, Mme Amable Tastu, d'une plume sans
prétention mais sans fadeur a fait la description d'un ball dans un
faubourg de Perpignan en 1842.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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