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Aux approches du soir, les eaux se couvrent de vapeurs blanches qui glissent et montent en légères volutes ; les bergers qui suivent le chemin du rivage pressent le pas, ne désirant pas rencontrer les mystérieuses dames du lac, "eras daunes de l'Ayguo". Mais l'un d'eux, autrefois, se laissa séduire et sa légende a trouvé une suite inattendue dans l'Histoire. C'étaient deux jeunes gens du village de Sireix qui revenaient d'Espagne ; en passant au bord du lac, ils entendirent un chant venant du fond des eaux, et virent surgir devant eux deux merveilleuses jeunes filles aux longs cheveux, vêtues de voiles blancs. "Ne craignez rien, dirent-elles, nous sommes les dames de l'onde. Autrefois nous étions femmes, mais un mauvais sort nous retient au fond des eaux. Il dépend de vous de nous délivrer ; revenez demander notre main à condition que vous ayez mangé, mais aussi que vous soyez à jeun. Alors, nous serons à vous." Les jeunes gens se jurèrent de délivrer les fées. Un matin, alors qu'ils montaient à jeun, l'un d'eux, nommé Abadie, traversant un champ de seigle, cueillit un épi qu'il porta machinalement à la bouche et en mâcha les grains. Quelle surprise ! En arrivant au bord du lac, une des fées l'attendait et se jeta dans ses bras. Elle lui dit : "Je suis vivante et je suis à toi ; je t'apporte le bonheur et la richesse, et tu me garderas toujours, mais à une condition : ne m'appelle jamais "folle" ou "fée". Puis elle le conduisit jusqu'à une grotte enchantée et lui montra des coffres remplis d'or ; il y puisa tout ce qu'il
pu emporter dans ses poches et sa panetière. Le mariage fut le plus magnifique qu'on ait jamais vu à Sireix,
et la jeune femme donna à son époux cinq beaux enfants. |