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Lac d'Estaing

 
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"Les mystérieuses dames du lac"

Aux approches du soir, les eaux se couvrent de vapeurs blanches qui glissent et montent en légères volutes ; les bergers qui suivent le chemin du rivage pressent le pas, ne désirant pas rencontrer les mystérieuses dames du lac, "eras daunes de l'Ayguo". Mais l'un d'eux, autrefois, se laissa séduire et sa légende a trouvé une suite inattendue dans l'Histoire. C'étaient deux jeunes gens du village de Sireix qui revenaient d'Espagne ; en passant au bord du lac, ils entendirent un chant venant du fond des eaux, et virent surgir devant eux deux merveilleuses jeunes filles aux longs cheveux, vêtues de voiles blancs. "Ne craignez rien, dirent-elles, nous sommes les dames de l'onde. Autrefois nous étions femmes, mais un mauvais sort nous retient au fond des eaux. Il dépend de vous de nous délivrer ; revenez demander notre main à condition que vous ayez mangé, mais aussi que vous soyez à jeun. Alors, nous serons à vous." Les jeunes gens se jurèrent de délivrer les fées. Un matin, alors qu'ils montaient à jeun, l'un d'eux, nommé Abadie, traversant un champ de seigle, cueillit un épi qu'il porta machinalement à la bouche et en mâcha les grains. Quelle surprise ! En arrivant au bord du lac, une des fées l'attendait et se jeta dans ses bras. Elle lui dit : "Je suis vivante et je suis à toi ; je t'apporte le bonheur et la richesse, et tu me garderas toujours, mais à une condition : ne m'appelle jamais "folle" ou "fée". Puis elle le conduisit jusqu'à une grotte enchantée et lui montra des coffres remplis d'or ; il y puisa tout ce qu'il pu emporter dans ses poches et sa panetière. Le mariage fut le plus magnifique qu'on ait jamais vu à Sireix, et la jeune femme donna à son époux cinq beaux enfants.

 

Mais un jour qu'Abadie était descendu au marché d'Argelès, la jeune femme, sentant venir un terrible orage sur la vallée, donna ordre aux valets de faucher et de rentrer immédiatement les récoltes qui achevaient de mûrir. Abadie revient quand les nuages s'amoncelaient. En passant il vit ses champs rasés au milieu des moisson encore sur pied. Il demanda à sa femme qui avaient fait cela : "C'est moi, dit-elle". Sans attendre une explication, il répliqua violemment : "Tu es folle". A ces mots elle disparut à ses yeux, et Abadie regretta amèrement d'avoir lâché le mot fatal, lorsqu'il vit aussitôt après les récoltes de ses voisins emportées par la tempête. Mais la fée ne pouvait oublier ses enfants. Chaque matin, dès que son mari était parti au travail, elle venait peigner leurs longs cheveux. Abadie s'en aperçu, il la surprit et la supplia de lui pardonner. "Je ne le peux pas, répondit-elle ; et puisque tu m'as revue, je ne reviendrais plu. Mais, rappelle-toi ce que je te dis : je n'abandonnerais jamais mes enfants et leurs descendants deviendront illustres. "La promesse de la fée fut tenue lorsque Bernadotte, dont la mère descendant de la famille Abadie de Sireix, devint roi de Suède et fonda une des plus heureuses dynasties qui existent encore dans notre monde tourmentée.

 

 

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