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Le goût du sang
Mais peu à peu, la mémoire du double
drame que la procession voulait représenter perdit sa pureté originelle.
L'exhibition des symboles de la mort se multiplia, excitant des sentiments
ambigus : des pénitents promenaient des crânes, des panneaux proclamant Memento
moris (Souviens-toi que tu mourras), des plats chargés de cendres... Enfin le
spectacle le plus attendu, trouble et violent, était celui des flagellants, le
visage caché sous une cagoule, le torse nu, se fouettant avec des cordes à bouts
ferrés. Ce n'était qu'un simulacre, le sang ruisselait sur leur peau. Les cris
de la foule alternaient avec les chants liturgiques et les coblas des goigs
célèbres. La flamme des torches et des cierges éclairait les images poignantes
des misteris, les cagoules des pénitents, les flagellants couverts de sang. La
procession, qui ne cessait qu'à l'aube, retrouvait l'atmosphère des vieux cultes
orientaux et leur cruauté érotique. Les pénitents vêtus de rouges évoquaient les
adeptes de Mithra sortant de leurs fosses, rouges du sang fumant des taureaux
divins immolés sur leur tête.
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