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Le carnaval de
la Soule en apprendrait long à qui voudrait étudier ses divers personnages. Les
figurants sont, pour ainsi dire, revêtus de masques superposés. Chaque remise au
goût du jour cache un aspect incompris du rôle, assumé jusque-là dans son
intégralité. Symbole d'une longue lutte pour l'équilibre social, les acteurs
sont partagés eu deux groupes, les rouges et les noirs, les premiers incarnant
l'ordre naturel fondamental, les seconds les révoltes et l'invasion. Le groupe
des noirs est composé de bohémiens (bouhame jaunak) et de bohémiennes (bouhamesak)
qui sont pour les Basques le type même de l'étranger instable et bruyant,
possédant tous les défauts, honni en société, mais pas ses excès même,
déchaînant le rire. Avec eux marchent les chaudronniers d'Auvergne, les
obergni qui, en hiver, viennent réparer les chaudrons de les cayolars de la
Soule, les rémouleurs, les hongreurs et le maréchal-ferrant. Autrefois même, un
médecin, ou plutôt une sorte de mage, "ressuscitait" le zamalzaïn après
sa mutilation. Où l'on ne voit aujourd'hui qu'une réjouissante populaire, c'est
toute une mythologie ancestrale qui se cache sous les masques et les gestes. |
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Lorsqu'elle
aborde un village, la mascarade affronte une barricade défendue par des jeunes
gens revêtus de robes ou de chemises blanches, et coiffés de chapeaux de paille
; on leur donne un nom curieux : les basanera, les "dames des bois", les
"femmes sauvages". La barricade est emportée à grand renfort de cris d'irrintzina
et de coups de pistolets. L'esprit qui préside aux travaux de la vie pastorale
et agricole a vaincu les forces hostiles qui hantent les bois inaccessibles.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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