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Les traditions

 


La naissance - Le mariage et la vie conjugale - Les femmes pyrénéennes et l'amour - Les rites funéraires - Le carnaval - Danses et mascarades - Mystères et processions - Au son de la flûte et du tambourin - Les Olympiades rustiques - "L'irrintzina"

 

Le carnaval4

Les messages du printemps
Héros et victime
Le Rouge et le Noir
Le souvenir de Dionysos
Le sorcier, maître de cérémonie

 

 

Le sorcier, maître de cérémonie

En Béarn, le traditionnel enterrement de Carnaval à Bizanos, aux portes de Pau, donnait lieu à une journée de liesse bruyante qui n'aurait pas été complète si l'on n'avait pas mangé le plat rituel de broutous, ces tendres pousses des premiers choux de l'année. Au fond de la vallée d'Aspe, les jours gras faisaient surgir des personnages singuliers. Le dimanche, un jeune homme symbolisant le printemps traversait le village, monté sur un cheval blanc et vêtu d'un chemise, d'un pantalon blanc, d'une ceinture rouge, des rubans flottant autour de son cou. Le mercredi des Cendres, tandis que les hommes de vingt à quarante ans parcouraient  les rues en cortège, le visage barbouillé de suie, Carnaval était enlevé par une bande de jeunes gens travestis, postiches ; orné de pompons, jupons et tabliers ballant sur leurs jambes velues. Entourant Carnaval dans une voiture à âne, ils braillaient des complaintes de circonstance, imitant à qui mieux les lamentations rituelles des pleureuses patentées, tandis que les assistants reprenaient en choeur le traditionnel : "Adieu, pauvre Carnaval ! Tu t'en vas, je demeure."

A la tombée de la nuit, Carnaval et son cortège féminin se rendaient sur la grande place où l'on procédait à son jugement. La femme de Carnaval était là, en maritorne repoussante ; l'accusé, avec un joyeux cynisme, plastronnait devant la foule. Avec la liberté du roi des saturnales antiques couvert de l'impunité sacrée de son rôle de sacrifié, il lâchait la bonde aux vérités les plus crues et les plus blessantes envers les assistants. Alors on procédait à l'incinération du pantin et quand les flammes du bûcher diminuaient, les sauts commençaient au travers du brasier. "Et jusqu'aux dernières braises, les corps volaient et se croisaient, riant de toutes leurs faces noires, à la clarté déclinante du feu."

En vallée de Luz, on retrouvera chez les danseurs du Bayard, les tiares emplumées, les flots de rubans, le cheval-jupon, les poursuites des femmes.

Avec le bal de l'ours, au symbolisme érotique et cruel, les Pyrénées offrent un éventail extraordinaire de rites incantatoires du printemps. Ils leur ont été légués, selon toute apparence, par cet étrange maître de cérémonie, le sorcier du Volp, le "roi-cerf" dont la figure masquée de dépouilles animales veille au fond des cavernes du Volp, dans l'Ariège, au centre géographique et magique de la chaîne.

"Guide des Pyrénées mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou

 

 

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