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Les traditions

 


La naissance - Le mariage et la vie conjugale - Les femmes pyrénéennes et l'amour - Les rites funéraires - Le carnaval - Danses et mascarades - Mystères et processions - Au son de la flûte et du tambourin - Les Olympiades rustiques - "L'irrintzina"

 

Le mariage et la vie conjugale3

     Un chiffre magique
     Un présage de bonheur
     Le tintamarre de la justice

 

Le tintamarre de la justice

La vie conjugale restait sous le contrôle vigilant de la communauté. Nul ne pouvait se soustraire à ses règles sans affronter des sanctions traditionnelles, accepté de gré ou de force par tous. Le charivari, cette coutume qui tient de la réjouissance et de la justice populaire, étant dans les Pyrénées d'autant plus en faveur qu'il témoignait de la liberté des habitants de chaque communauté à juger du bien et du mal et à régler leurs affaires eux-mêmes.

A Foix, les Ariégeois l'avaient élevé à la hauteur d'une institution baptisée  la "Cour Cornuelle". Tout en distrayant la ville, elle procédait au jugement burlesque d'actes dont les tribunaux officiels se désintéressaient.

En Basse-Navarre, ces parades s'appelaient Tobera Mustra, la "monstre". Pour qu'il ne subsistât aucun doute sur leur caractère, lecture était donnée dès le début, d'un pseudo décret autorisant la jeunesse "à rire tant qu'il lui plaira du scandale advenu".

Devant le fronton, deux acteurs, l'accusé et le plaignant, des magistrats et un huissier fantoches mimaient les scènes que des bersolaris commentaient en public en vers improvisés, selon leur habitude. Les interdictions légales firent insérer ces scènes dans le cortège du Santibate et dans les mascarades, en Soule. Les péripéties, plaidoiries, débats, jugements et exécutions occupaient des après-midi entiers.

Quand elles n'étaient pas empêchées à temps, les parades charivaresques prenaient parfois une allure féroce et se terminaient en sérieuses bagarres. En Béarn, les coupables ne pouvaient guère compter sur l'appui des voisins, spectateurs amusés. Quelques parents seuls venaient prêter main forte pour une contre-offensive, plus souvent pour apaiser le vieil époux irrité, ou la commère un peu trop... chaude. Le malicieux palois Gabard ne s'est pas privé d'en gratifier "Caddetou", son populaire paysan vieux garçon, "quoan s'y ey tournat", c'est-à-dire quand il s'est mis la corde au cou.

On signale l'emploi en cette occasion par les Béarnais, d'un instrument bizarre, le brame-toupi, une grosse cruche fermée d'une peau à travers laquelle passe et repasse un bâton qui produit un ronflement terrible, faisant entendre le charivari à une lieue à la ronde. Cet instrument engageait la responsabilité  de celui qui la possédait, comme les grosses sonnailles dont une oreille exercée pouvait connaître les propriétaires : c'est alors qu'intervenaient les règlements de comptes.
 

"Guide des Pyrénées mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou

 

 

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