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Le tintamarre de la justice
La vie conjugale restait sous le
contrôle vigilant de la communauté. Nul ne pouvait se soustraire à ses règles
sans affronter des sanctions traditionnelles, accepté de gré ou de force par
tous. Le charivari, cette coutume qui tient de la réjouissance et de la
justice populaire, étant dans les Pyrénées d'autant plus en faveur qu'il
témoignait de la liberté des habitants de chaque communauté à juger du bien et
du mal et à régler leurs affaires eux-mêmes.
A Foix, les Ariégeois l'avaient
élevé à la hauteur d'une institution baptisée la "Cour Cornuelle". Tout en
distrayant la ville, elle procédait au jugement burlesque d'actes dont les
tribunaux officiels se désintéressaient.
En Basse-Navarre, ces parades
s'appelaient Tobera Mustra, la "monstre". Pour qu'il ne subsistât aucun doute
sur leur caractère, lecture était donnée dès le début, d'un pseudo décret
autorisant la jeunesse "à rire tant qu'il lui plaira du scandale advenu".
Devant le fronton, deux acteurs,
l'accusé et le plaignant, des magistrats et un huissier fantoches mimaient les
scènes que des bersolaris commentaient en public en vers improvisés,
selon leur habitude. Les interdictions légales firent insérer ces scènes dans le
cortège du Santibate et dans les mascarades, en Soule. Les péripéties,
plaidoiries, débats, jugements et exécutions occupaient des après-midi entiers.
Quand elles n'étaient pas
empêchées à temps, les parades charivaresques prenaient parfois une allure
féroce et se terminaient en sérieuses bagarres. En Béarn, les coupables ne
pouvaient guère compter sur l'appui des voisins, spectateurs amusés. Quelques
parents seuls venaient prêter main forte pour une contre-offensive, plus souvent
pour apaiser le vieil époux irrité, ou la commère un peu trop... chaude. Le
malicieux palois Gabard ne s'est pas privé d'en gratifier "Caddetou", son
populaire paysan vieux garçon, "quoan s'y ey tournat", c'est-à-dire quand
il s'est mis la corde au cou.
On signale l'emploi en cette
occasion par les Béarnais, d'un instrument bizarre, le brame-toupi, une
grosse cruche fermée d'une peau à travers laquelle passe et repasse un bâton qui
produit un ronflement terrible, faisant entendre le charivari à une lieue
à la ronde. Cet instrument engageait la responsabilité de celui qui la
possédait, comme les grosses sonnailles dont une oreille exercée pouvait
connaître les propriétaires : c'est alors qu'intervenaient les règlements de
comptes.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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