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Le vêtement d'infamie
Dès l'origine,
la confrérie se fixa comme but de commémorer la Passion du Christ par une
procession solennelle et dramatique dans la tradition de celle de saint Vincent
Ferrier, la nuit du Jeudi saint. Mais elle avait en outre une activité
charitable d'une importance aux condamnés à mort
Dans l'église
Saint-Jacques, pendant toute la nuit précédant l'exécution, les disciples
du saint tenaient compagnie à celui qui devait mourir, lui apportant le
réconfort de leur présence, essayant d'adoucir par leur amitié la
désolation l'homme que la société venait de rejeter. Le lendemain matin,
après s'être confessé et avoir reçu le corps du Christ, le condamné
marchait vers le lieu du supplice, enveloppé d'une cape rouge, le visage
voilé, entouré de confrères de la Sanch revêtus du même vêtement
d'infamie, la caperutche qui devait devenir leur vêtement
distinctif. C'est ce qu'avait voulu Vincent Ferrier, retenu des mois en
prison dans l'attente de sa propre condamnation et qui avait vécu
l'angoisse de l'homme abandonné à la vindicte publique.
La présence des
caperutches dans la procession du Vendredi saint en garde une
signification profonde : ils sont là pour accompagner le Suprême Innocent,
condamné à la croix. Ces marques de respect ont fait comprendre au peuple
catalan que le condamné n'était pas un paria, mais l'un d'eux, une
victime, "un être sur lequel l'humaine misère avait pesé d'un plus grand
poids".
La cohorte des
pénitents groupés autour des statues des misteris symbolise le
défilé des générations de pêcheurs pour qui le condamné du Golgotha avait
payé ; leur visage couvert, ne leur conservant l'anonymat, proclame en
même temps que tous les hommes ont participé à cette mise à mort.
Autrefois, sur
le trajet à l'échafaud, les caperutches quêtaient parmi les
spectateurs, dernier acte de pitié pour le condamné, car l'argent
recueilli devait servir à lui donner une sépulture. Le droit au respect
dans la mort, voilà ce que les disciples de saint Vincent Ferrier avaient
obtenu pour leurs frères les plus abandonnés.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou |