|

|
1
Les messages du printemps
Héros et victime
Le Rouge et le Noir
Le souvenir de Dionysos
Le sorcier, maître de cérémonie
|
 |
|
Les messages du printemps
Les manifestations du printemps sont
reconnues comme des vestiges de très anciens rites religieux destinés à ramener,
avec le soleil, la fécondité des champs et des bêtes. On ne s'étonnera pas de
trouver dans les Pyrénées, réceptacle des plus antiques civilisations, en
particulier au Pays basque, des coutumes sous lesquelles transparaît tout un
monde de croyances liées au renouveau du printemps.
C'est en Soule, pays de danseurs,
que la mascarade, l'ihauriti, se déployait avec une richesse de
personnages et d'épisodes correspondant à l'importance de cette manifestation
annuelle dans la vie de la vallée toute entière. Chaque village, en principe,
organisait deux mascarades entre le 1er janvier et le mardi gras ;
mais, avec les visites des cortèges voisins, on pouvait compter une quinzaine de
défilés rituels chaque année. Il se font rares aujourd'hui.
En 1969, le village de Gotein a pu
monter un ; mais on verra de moins en moins souvent "déboucher d'une étroite
vallée, dans un paysage encadré de montagnes encore neigeuses et inondé d'un
clair soleil d'hiver, cet étrange cortège dont la moitié est bariolée de
couleurs resplendissantes, tandis que la seconde , avec des figures burlesques,
ressemble un peu à une cour des miracles en villégiature". Les déguisements
insolites, les accessoires curieux n'y manquent pas.
Comme sous l'effet d'un manichéisme instinctif, la troupe se divise en deux
groupes opposés : les rouges, qui sont les gens du pays, les bons, et les noirs,
gens de passage, tolérés par la communauté, mauvais par principe.
Le gros de la bande des rouges est formé par les kukulleros (les petits
coqs) dont une coiffure rouge symbolise la crête et de cinq personnages aussi
énigmatiques que traditionnels, appelés les "cinq beaux" :
|
|
- le gatuzaïn (l'homme aux
chats),
- la kantineria (la cantinière),
- le tcherrero (le bouvier),
- l'enseignari (le porte-enseigne) et
- le zamalzaïn (l'homme-cheval).
Ce dernier, par son allure
fantastique et les prouesses qu'on attend de lui, domine le groupe de ses
acolytes, en particulier dans cette danse où chacun, après un savant
entrelacs de pas autour d'un verre de vin, met le pied dessus pour un saut
final. Le jupon du zamalzaïn, en cachant le sol au danseur, lui
rend cette performance redoutable, mais c'est aussi ce qui le consacre
comme le plus habile. |

Le zamalzaïn (l'homme-cheval) |
|
Aujourd'hui, le rôle du zamalzaïn n'est qu'un pâle reflet de ce que le
personnage représentait dans les antiques mascarades. Quand on lit les
descriptions qu'en a faites l'écrivain basque Chaho, vers 1840, et les détails
notés par les ethnologues contemporains Violet Alford et Barandiaran, on pénètre
dans un extraordinaire monde de symboles hérités d'une mythologie fabuleuse,
celle des saturnales et des religions agraires de l'Orient.
A travers une description d'une prolixité romantique, Chaho a fourni sur la
danse du zamalzaïn des détails qui, aujourd'hui, sont tombés en désuétude
; leur symbolisme, détaché de sa signification antique, avait des formes
incompréhensibles. C'est ainsi qu'il lui donne une escorte de douze porteurs de
toques rouges, les kukulleros, qui dansent à sa suite, deux par deux, une
baguette à la main. Quand la mascarade a pris possession d'un village, le
tcherrero trace avec son balai de crin le cercle au centre duquel le
zamalzaïn va exécuter sa danse sur un air traditionnellement différent de
ceux qui accompagnent les autres parties de la cérémonie. Lorsque chaque
personnage a accompli son exhibition, le zamalzaïn redevient le centre
d'intérêt. Une scène, banale en apparence, va se dérouler : on va le ferrer. Le
maréchal-ferrant et ses deux aides vont tournoyer autour de la "bête" qui
s'échappe d'un bond, en prenant appui sur le dos ou la tête de ses persécuteurs.
"Ce jeu dure assez longtemps", dit Chaho. On a ici un simulacre de chasse
rituelle. Au groupe du maréchal et de ses aides viendront se joindre les
hongreurs et les bouhames, les gitans, "gens naturellement sorciers,
maquignons et tondeurs de mulets". Et le zamalzaïn est enfin ferré. Chaho
note qu'alors le maréchal-ferrant présente de l'avoine au "cheval", mais
celui-ci le refuse obstinément. Puis, avec son escorte de kukulleros, il
entame un pas de triomphe qui se termine par la danse du verre.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
|
1
- 2
- 3
- 4
-
5

|