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Ce cérémonial guerrier qui évoque le
souvenir des pyrrhiques grecques et les bondissements rituels des Curètes, se
retrouve dans les danses d'autres pays pyrénéens. Le contact avec la
civilisation moderne a transformé ces coutumes populaires en une sorte de
mascarade.
Francis Jammes, voyant à Orthez,
vers 1900, les danseurs béarnais de Baigt manier leurs bâtons, n'a pas saisi les
antécédents héroïques dont leur exhibition n'était qu'un reflet incompris. Il en
parle ainsi "...Dix ou douze nigauds revêtus de costumes de calicot passementé
de bleu, la culotte bouffante à mi-mollets, faisaient le simulacre de se battre
en duel, en sautillant. Les épées étaient remplacées par de longues aiguilles
de bois mouchetées..."
En Lavedan, les danseurs du
Bayard de Luz se servaient d'épées de bois, avec les mêmes évolutions
essentielles. Et à Saint-Pée-de-Bigorre la danse du pantelou n'était pas
autre chose.
Dans l'antique danse des
bergers de Montpellier, décrite au XVIIe siècle, on peut voir la même évolution
des hommes porteurs de l'épée et croisant leurs armes. "Deux files de pâtres
parcourent les rues, sautillant en cadence au son du tambour et du hautbois. Ils
sont en manches de chemise, pantalons blancs et souliers ornés de rubans, armés
de gros bâtons. En tête marche un enfant de dix ans, le plus souvent un garçon
mais toujours habillé en fille, avec des oripeaux éclatants, du fard, et une
couronne de fleurs. Il est escorté par un adolescent armé d'une baguette
blanche. De place en place, les deux files font volte-face et s'engagent autant
de combats simulés qu'il y de couples. Quand la bataille devient trop
forte, l'adolescent s'élance en dansant et sépare de sa baguette les bâtons qui
s'arrêtent sur le champ. Puis les files se réforment et la marche reprend."
L'habitude de porter des armes
blanches était au moindre berger et au moindre paysan comme un signe
d'indépendance et de liberté. Elle avait particulièrement frappé les voyageurs
des XVIIe et XVIIIe siècles, comme la tenue des danseurs pyrénéens, leur
gravité, leur hiératisme impressionnèrent Alfred Tonellé au XIXe siècle.
Basques et Béarnais ne portent
plus d'épée, mais le vieux makhila basque cache dans une poignée
une lame redoutable. Et il faut voir avec quelle aisance et quelle noblesse les
bergers des hautes vallées utilisent leur bâton de néflier ou de houx... Il n'y
a pas si longtemps qu'ils maniaient le terrible javelot ibère... L'un des jeux
préférés des petits Béarnais n'était-il pas autrefois le plante-coutet,
au cours duquel ils égalaient les plus sûrs lanceurs de navajas espagnols ?
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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