|
La queue du coq et le bouquet
Le laurier était plus
spécialement destiné à la protection des maisons nouvellement construites,
sur lesquelles on en plaçait des branches, bénites le jour des Rameaux.
Cette tradition a peut-être succédé à une autre plus lointaine, plus
primitive où le sacrifice d'un animal était indispensable. Le révérend
Webster a vu dans le mur d'une maison en démolition à
Borce, en Aspe, un
coq emmuré : l'animal avait gardé toutes ses plumes. Cette coutume
n'était pas particulière aux Pyrénées sans doute, mais elle y est
probablement restée en pratique longtemps et s'est même maintenue jusqu'à
nos jours en Roussillon dans la curieuse tradition de la cue de
gall.
C'est une tuile recourbée vers
le haut, que l'on posait à la fin, d'une construction, à chaque extrémité
du faite du toit, et quelquefois aux quatre angles. La cue de gall
signifie en catalan la queue du coq : certaines sont découpées en forme de
fourche ou imitent un bouquet de deux ou trois plumes de coq. Ailleurs, on
les nomme "cornes de sorcières". Elles sont destinées, au même titre que
le laurier, à écarter les mauvais esprits et à attirer la prospérité sur
les habitants de la demeure : on les trouve de préférence sur les granges,
comme si les récoltes et le bétail demandaient plus de soins de la part
des bons esprits que la maison des humains. On peut voir ses tuiles dans
un quartier résidentiel de Perpignan, construit il y a moins de 10 ans. Si
le sens initial de cet élément de décoration architectural s'est perdu, la
tuile elle-même fait partie des accessoires indispensable à une maison,
sans lesquels, aux yeux d'un maçon catalan, celle-ci ne serait pas
achevée. La cue de gall accompagne le bouquet.
Extrait du
Guide des Pyrénées mystérieuses par Bernard Duhourcau
des Éditions Tchou

Claude
Azémard
 |