L’ours est un animal
opportuniste qui effectivement peut s’attaquer aux troupeaux lorsqu’ils
ne sont pas protégés, mais cela ne doit absolument pas remettre en cause
le programme de réintroduction. La cohabitation est possible ! Au cours
des dernières semaines, plusieurs ovins ont été tués par des ours, ce
qui n’est absolument pas exceptionnel en ce moment, "car c’est la
période la plus difficile pour lui pour trouver de la nourriture depuis
la fin de l’hibernation", a expliqué Etienne Dubarry, de l’équipe
technique ours.
Aussi un bélier et un agneau
ont-ils été retrouvés morts lundi à Aston, tués par un ours
(probablement Boutxy) dans un parc en bordure de forêt, à proximité du
village. Deux autres brebis ont été tuées et des ruches ont été
détruites dans les communes de Luzenac, Perles-et-Castelet, Orgeix, et
Mérens-les-Vals.
Certains éleveurs, les
quelques élus qui surfent sur la vague anti-ours pour se faire un nom,
et les médias, avides de sensationnalisme et de guérillas (urbaine ou
rurale, peu importe du moment que ça fait vendre l’info) se sont vite
emparés de ce dossier pour tenter de faire avorter le programme de
réintroduction actuellement en cours.
Certains journalistes
n’hésitent pas à utiliser des mots violents "un ours mâle,
vraisemblablement Boutxy, serait responsable de cette tuerie", ou à
tenter d’instiller la peur en disant que l’ours est près des villages,
dangereux pour l’homme... De grâce, un ours qui mange une brebis est-il
plus un tueur qu’un rapace qui se saisit d’un lapin, qu’un homme
ventripotent qui dévore sont steak saignant ? L’ours est-il plus violent
et condamnable que le groupe d’extrémistes qui n’a pas hésité à saccager
la mairie d’Arbas le 1er avril dernier, soutenu par quelques z’élus
en écharpe ? Je ne crois pas !
Il me semble d’ailleurs que
ces personnes, qui sont les premières à se plaindre de l’ours, ne
refusent pas les avantages qui leur sont octroyés grâce à sa présence :
héliportage du matériel, restauration des cabanes d’alpage... Et le plan
de restauration de l’ours dans les Pyrénées 2006 - 2009 insiste sur ces
points :
- un
soutien (en complément des aides agricoles) sera donc apporté, y compris
en Béarn, pour la réalisation d’un gardiennage permanent par un berger
salarié, un éleveur prestataire sur troupeau collectif ou encore un
éleveur sur son propre troupeau. Sur des troupeaux importants, le
recours à un second berger pourra également être soutenu.
A cela s’ajoute le financement du portage du matériel de première
nécessité des bergers... En Béarn, l’action est
complétée, pour lutter contre un pastoralisme de bêtes taries, par la
prise en charge, à la montée comme à la descente d’estive, du matériel
nécessaire à la traite...
- le financement de moyens de communication (téléphones portables,
radio-téléphones)
- incitation au regroupement nocturne du troupeau
- la protection effective du troupeau passe par l’utilisation d’un ou de
plusieurs chiens patous et / ou de clôtures électriques... Une aide sera
attribuée aux gestionnaires d’estive pour leur permettre de s’équiper
d’une clôture électrique pour le regroupement nocturne et la protection
des troupeaux. Ce financement prend en charge le matériel ainsi que sa
livraison (matériel mobile, matériel fixe ou parcs de sécurité
électrifiés, couplés avec des systèmes d’alerte et de déclenchement de
dispositifs d’effarouchement lumineux).
Des aides sont allouées pour
compenser le temps de travail nécessaire à l’installation de ce
matériel, mais aussi en cas d’utilisation de patous... Ce plan est une
véritable incitation à la cohabitation, et il me semble que la mauvaise
volonté dont font preuve certains éleveurs devrait être dénoncée dans la
presse, plutôt que relayée, la larme à l’œil !
Les opérations de suivi et
de capture des ours ont actuellement lieu en Slovénie, depuis le 15
avril 2006. 5 ours (4 femelles et un mâle) seront relâchés en Pyrénées
centrales cette année, sur les territoires des communes suivantes, qui
se sont portées volontaires pour ces lâchers :
- Arbas en Haute-Garonne
- Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées
- Burgalays en Haute-Garonne
- Luchon en Haute-Garonne.
Ces réintroductions ne
pourront être un succès que si tout le monde en accepte les règles. Que
ceux qui les refusent rejettent aussi les avantages que l’ours leur
apporte !