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Aller au marché le samedi
était, pour la plupart, la grande sortie de la semaine. On s'y rendait
régulièrement, même si on n'avait pas grand chose à y faire. En ville, il
fallait remiser les véhicules. Quelques ânes restaient attachés,
immobiles, dans un coin de la place du foirail. Mais sur la route, il y
avait tous ceux qui s'en allaient à pied vendre volailles et bétail. Les
femmes marchaient, sculpturales, avec sur la tête une corbeille de poulets
ou de canards. Dans des paniers noirs fermés, portés au bras, elles
avaient déposé, précautionneusement sur un lit de foin, les œufs de la
semaine qu'elles vendaient, selon la saison, de dix à vingt sous la
douzaine et aussi, roulée dans des feuilles de vigne ou de chou, la petite
boule de beurre, faite avec de la crème, subtilisée prudemment au lait des
livraisons quotidiennes. A cinq ou six heures de l'après-midi, le marché
était fini. Les femmes par petits groupes, revenaient les premières, leur
panier allégé où quelque paquet de sel, de vermicelle ou de sucre avait
remplacé les volailles vendues. Les hommes, surtout ceux qui avaient fait
"affaire", s'attardaient davantage. On ne traitait jamais complètement un
marché sur place. C'était dans une auberge voisine, autour d'une 'tasse"
de vin blanc, qu'on faisait ses comptes et qu'on alignait les pistoles. Le
temps passait en conversations et bavardages. Les langues se déliaient. Il
n'était pas rare d'entendre ces paysans qui n'élevaient la voix chaque
jour que pour gourmander leur bétail, entonner quelques vieilles chansons.

Claude
Azémard

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