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Toponymie
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L'ours est en danger. Peut-être ne
restera-t-il bientôt que les noms de lieux pour témoigner de son ancienne
gloire. Des noms à foison qui, sous les formes romanes ous, oso, ours,
ors, phonétiquement "os" ou "us', désignent ce plantigrade. On risque
pourtant de faire dire aux toponymes plus qu'ils n'en disent réellement :
on suspecte les noms de l'ours d'avoir usurpé leur place actuelle, au
détriment de divers termes consonants, sans aucun lien avec l'animal.
L'ours des ravins
Il est ainsi étonnant de voir "ours"
régulièrement associé à des formes abruptes de relief, en des sites
d'altitude souvent fort éloignés des zones d'habitat de l'ours :
- à des "clots", cuvettes glaciaires entourées d'escarpements, dont le
clot de l'Os, près de la station aranaise de Beret ;
- à des combes, vallons étroits et enserrés, comme la coume de l'Ours, sur
le versant ouest du pic de Néouvielle ;
- à des "pas", défilés ou passages escarpés et étroits, parmi lesquels les
divers pas de l'Os des Pyrénées catalanes...
Curieuse série, qui laisse supposer que le nom de l'ours en a souvent
supplanté d'autres plus anciens. On pense alors aux dérivés du latin
fauce : "gorge", ou fossa : "fossé, creux", dont le f
initial s'est souvent affaibli pour donner des termes usuels comme le
gascon hous : "gorge étroite", des noms de lieux comme le clot de
la Hoze, la coume de la Hosse, le col de la Houcette... Il faut y ajouter
le nom de Litossera, qui, au quatorzième siècle, désignait un couloir
d'avalanches (un "lit"), aujourd'hui baptisé Litoursère, qui creuse, à
Bourg-d'Oeil, les flancs du pic... de l'Ours.
Il faut songer aux descendants de hortus ou de ossum -
"jardin, enclos"-, qui désignent parfois l'espace des "clots", enclos
naturels à usage pastoral. Et peut-être évoquer le gascon uch,
hus, parent du français "huis", dont le sens de "porte, passage
étroit" vaut pour les nombreux pas de l'Ours.
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L'ours des
pâturages
L'ours basque se dit artz
(voir le grec arktos et le celtique artos, de même sens). Le
terme a été invoqué pour expliquer quelques rares toponymes comme
Archilondo ( le suffixe ondo implique un sens de "contrée"),
Artzamendi ou Arzamendi (mendi : "mont"), Artzadey (ate :
"col"). Mais l'hypothèse est généralement abandonnée, au profit
d'homophones comme artze, artza : "pierrier" (de harri
: "pierre"), ou d'une contraction de artzain : "berger", mot
apparenté à ardi : "brebis", comme lui souvent associé aux zones de
hauts pâturages. |
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L'ours des
rivières
Les Gascons appelaient
loubères les confins boisés peuplés de loups. Est-ce un homologue de "loubère"
qui, avec un sens voisin, donne lieu au prototype vall orsera, à
l'origine de toute une série de noms de vallées catalans et languedociens
? Ceux-ci se disent aujourd'hui Balcera, Vallsera, Vallorsera, Balussière...
et autres Barruera, vallée et village ribagorçans, écrits Barorzeral
au onzième siècle.
Le cas de deux noms de vallées célèbres doivent inciter à la prudence. Ce
sont Ossau et Barousse.
Le premier est écrit Vallis Ursaliensis dans un texte de 1127, puis
Orsau à la fin du douzième. Il est souvent Oussau ou
Aussau dans les textes plus récents.
Le second s'orthographie Varossa en 1039, Barossa en 1194,
puis Vallis Ursae en 1235. Le nom de la vallée est inséparable de
celui de la rivière l'Ourse. On doit sans aucun doute les forme en Urs
à la cuisine latine des scribes du Moyen-Age, souvent soucieux de
transcrire à la mode savante les vieux toponymes prélatins.
Les noms Ourse et Ossau en rappellent bien d'autres, tous noms de rivière
: comme Ousse (divers cours d'eau dans tout le Sud-Ouest), Ossoue, la
rivière du Vignemale, souvent notée Aussoue dans le passé, Aussoue,
affluents du Gers et de la Garonne, les Auze du Cantal, les Auzon du
Sud-Est, les Alzou audois, etc... A l'origine de tous ceux-là est un nom
celtique de la rivière qui n'a jamais signifié autre chose que...
"rivière".
Alors que reste-t-il de l'ours dans les noms pyrénéens ? A coup sûr un
témoignage de la fascination qu'il exerça tout au long de 'histoire, qui
fit entendre "ours" en divers vocables de sonorités voisines. Une
fascination qui, hélas, ne suffit pas à le protéger.
Source : Jean Mantoviani |
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