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Pour conjurer le mauvais œil
Hormis la "couvade" qui relève
de la controverse ethnographique, sinon de l'affabulation, les coutumes
pyrénéennes entourant la naissance marquent seulement le souci de
préserver l'enfant des influences maléfiques et de lui éviter les gestes
inconsidérés qui engageraient son destin dans une mauvaise voie.
A Oloron, le matin de Noël, les enfants parcouraient les rues avec un
panier en criant "Ahum ! Ahum ! Poumes y esquillots ! Bouharoc ! Coc !
Coc !" Les parents d'enfants en bas âge leurs lançaient des châtaignes
, des fruits, des sous, pour conjurer les sorts que les sorcières
cherchaient à jeter aux enfants au berceau.
A Orthez, ils criaient "Picahou ! Hou ! Hou !". Tant que l'enfant
n'était pas baptisé, les sorcières avaient toute puissance sur lui. Aussi
les précautions prises étaient-elles aussi nombreuses que variées.
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En vallée d'Aspe, les voisins
évitaient de rendre visite à la mère avant le jour du baptême. La marraine
portait elle-même l'enfant à l'église, dans les bras, ne répondant à aucun
salut, et attentive à ne pas tourner la tête, ce qui pouvait donner prise au
mauvais œil. Il fut un temps où, dès sa naissance, l'enfant était couché
dans un sécoumé, un crible. Avant de lui jeter un sort, la sorcière
devait compter neuf fois les trous du crible. Elle n'y parvenait jamais avant le
chant du coq qui la faisait fuir.
Ailleurs on déposait l'enfant sur la litière des vaches ou sur un râteau à neuf
pointes. On le laissait pleurer quelques secondes, puis on le retirait en disant
"Petit enfant que le tentateur a rendu si grand pleureur, laisse tes
plaintes dans ce fumier avec tes misères ; puis viens sourire dans ta maison où
on te désire sans aucun mal. On veut t'y bien nourrir, bien promener. Si tu as
quelque chose de plus à demander, on veut bien tout d'accorder. Ami, ne pleure
pas, car à partir d'aujourd'hui rien ne te manquera." |
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En vallée de Bethmale, on considérait comme une parade efficace contre les
mauvais esprits qui empêchaient les enfants de dormir, de retourner le
couvre-lit. Les enfants de Bethmale, les massipous, portaient leurs
premières années, le même costume, constitué par une robe et une coiffe,
la coho redouno, un petit bonnet de couleur, orné avec un soin tout
particulier. Celui des filles étaient en trois parties, celui des garçons en
triangles juxtaposés, brodés de laines vives, rouges, jaunes, vertes et
pailletées. Ôter son bonnet et porte culotte représentait pour un garçon le rite
qui marquait son entrée dans le clan des hommes.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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