15 mai 2002 : Procès d'un
écobuage mortel
Cinq randonneurs avaient péri
dans les flammes
« Nous avons vécu quelque chose
d'horrible. » Robert Bordachard porte encore sur son corps les stigmates
de l'écobuage mortel d'Estérençuby, le 10 février 2000, dans les
Pyrénées Atlantiques.
Son visage brûlé n'a plus de cil et
ses mains n'ont plus qu'un pouce. Ce jour-là, cinq de ses amis du club
alpin de Bayonne sont morts. Il est le premier des trois rescapés de
l'horreur à s'exprimer devant le tribunal correctionnel de Bayonne, hier
soir à l'issue de la première journée du procès de Clément Montezin et
Philippe Suquia.
« Le feu est arrivé sur nous à une
vitesse incroyable. Je suis tombé quelques mètres plus bas, j'avais déjà
les mains brûlées. Je suis revenu sur le sentier. J'ai vu mes deux amies
déjà mortes. J'attendais la fin. »
Pierre Renard se souvient de « la
muraille de flammes ». Brûlé au troisième degré, il a vu son épouse
mourir devant lui, avant de passer un mois dans le coma à l'hôpital de
Bilbao. Raphaël Sanchez, douanier à la retraite a été le seul a pouvoir
s'extirper du piège.
« J'ai vu une brèche dans le feu. Et
je m'y suis précipité. J'ai vu mes amis dans les flammes. J'ai entendu
leurs cris quand je partais chercher les secours. »
Au-delà de l'émotion, après cette
première audience, l'inconscience apparaît clairement comme la première
cause de cette tragédie. Les deux prévenus ont d'ailleurs reconnu les
faits. Philippe Suquia, un berger de 36 ans, voulait « nettoyer la
montagne », selon la pratique ancestrale de l'écobuage. Cet après-midi
là, il a confié cette mission à son jeune cousin, Clément Montezin, un
cuisinier de 23 ans.
Après avoir présenté ses excuses aux
victimes et à leurs familles, celui-ci s'est parfaitement expliqué sur
les faits: « J'allumais les herbes avec mon briquet tous les cinquante
mètres le long du chemin. Je devais nettoyer 130 hectares. J'ai arrêté
quand j'ai vu que ça se passait bien. »
Même quand il a aperçu une troupe de
six marcheurs à qui il a fait signe de s'en aller, il n'a pas imaginé
qu'il pouvait y avoir d'autres randonneurs en amont.
Quand il apprend le drame, il ne
pense pas à se dénoncer: « Dans le contexte du pays basque, j'avais peur
qu'on me prenne pour un terroriste. J'ai envisagé de passer en Espagne
et de rentrer dans la clandestinité. »
Source : www.ladepeche.fr
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