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Oscar Comettant relate avec
beaucoup d'humour l'ascension faite en chaise à porteurs, à la brèche de
Roland par la princesse russe Trubetzkoï, "accomplie, au péril de leur
vie, par huit porteurs, sous la direction de Baragat, de Latapie et d'un
autre guide dont le nom m'échappe.
La princesse était aussi
puissante par son embonpoint que par sa fortune et ses titres nobiliaires.
Le poids de son corps était égal environ au double du poids d'une personne
ordinaire. On comprend que cette circonstance ajoutait singulièrement à la
difficulté de l'entreprise. Aussi les porteurs de Barèges et de Gavarnie
avaient-ils nettement décliné l'honneur de porter la princesse dans cette
course téméraire, honneur qui fut accepté comme une sorte de défi par ceux
de Cauterets.
Le prince Trubetzkoï, mari de
la princesse, était du voyage et savait encourager les hommes par sa
gracieuse humeur, sa démarche fière, sa parole décidée et ses libéralités.
Les porteurs emmenèrent d'abord la princesse de Cauterets à Gavarnie par
le lac de Gaube, la hourquette et la
vallée d'Ossoue
en une dizaine
d'heures. Tout le monde dormit à l'auberge de Gavarnie. (...)
Dès l'aube, les porteurs et
les guides trouvèrent le prince debout et prêt à se remettre en route. La
princesse fut de nouveau replacée dans la chaise et l'ascension commença
au milieu d'un grand concours de montagnards, étonnés de l'audace de cette
caravane qui allait peut-être périr tout entière, victime de sa
témérité...

...Arrivés à un certain
endroit d'un accès très difficile, les guides et les porteurs, jugeant que
toute tentative de porter la chaise sur un rocher presque à pic serait
inutile et extrêmement dangereuse, il fut résolu qu'on hisserait la
princesse au moyen de cordes apportées dans cette prévision. La chaise fut
solidement fixée à deux bouts de corde et hissée sans accident par les
porteurs et les guides, dont les efforts réunis n'étaient pas de trop en
cette circonstance pour enlever ce grand poids à la seule force du
poignet, sans poulie et sans cabestan.
La princesse, dont la position
singulièrement penchée pendant ce pas difficile n'avait rien de commode ni
de rassurant, faisait entendre des soupirs et des mots entrecoupés qui
témoignaient d'une certaine inquiétude. On serait inquiet à moins. Quant
au prince, qui avait suivi cette manœuvre avec la certitude qu'elle devait
réussir, il paraissait extrêmement heureux, et son bonheur se manifestait
par une sorte d'enthousiasme belliqueux...
Cette roche si difficile était
pour ainsi dire un jeu d'enfant à côté du glacier presque vertical dont il
fallait faire l'ascension pour arriver à la brèche de Roland. Ici, les
guides délibèrent sérieusement."
C'est le prince qui les décida
en leur donnant le choix : attendre la Brèche ou tous mourir entraînés par
le poids de la princesse. Ils montèrent donc... Après de sérieuses
difficultés vaincues : "Quelques pas encore, et la princesse atteignaient
enfin les hauteurs tant désirées. La caravane entière poussa un formidable
hurrah : Le prince triomphait. Les porteurs et les guides aussi. Les
paniers à provisions furent ouverts et le sang de la vigne, comme disaient
les Gaulois nos pères, se mêla au sang de l'homme pour le fortifier
et le calmer à la fois. Il était à ce moment une heure de l'après-midi. La
princesse ne put sortir de sa chaise ; mais s'étant penchée en avant, elle
admira les magnificences... A deux heures, il fallut songer à la descente.
C'était beaucoup d'avoir pu monter ; c'était encore plus de pouvoir
descendre...
J'abrège. On descendit le
glacier comme on l'avait monté, le colosse Lacaze tenant par derrière,
ainsi qu'un héros de la mythologie, un des brancards de la chaise hissée
au-dessus de sa tête. Avant la nuit, cette phalange des plus hardis
excursionnistes dont l'histoire des montagnes pyrénéennes ait gardé le
souvenir rentrait paisiblement à Gavarnie, où une chaleureuse réception
lui était faite... |