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Querelles de voisinage La délimitation de la frontière fut plus ardue encore en Cerdagne ; le roi de France invoqua la nécessité de relier commodément le comté de Foix au Capcir et au Conflent pour revendiquer la vallée de Carol et une partie de la Cerdagne ; on convint laborieusement d'attribuer à la France trente-trois villages de la Cerdagne. Mais les plénipotentiaires espagnols, pour ne point perdre la face, exigèrent de conserver Puigcerda et Llivia que les chartres les plus vénérables avaient toujours qualifiés de "ville". Sans vouloir vexer personne, on peut admettre que le titre de ville attribué à Llivia était un peu emphatique, malgré l'antiquité de cette cité et son parrainage prestigieux (l'impératrice Livie). On parvient ainsi à fixer un tracé particulièrement aberrant, puisqu'il coupait en deux le bassin cerdain dont l'unité géographique et humaine était particulièrement forte, et qu'il faisait de Llivia et de son baillage une enclave espagnole en terre française. En glissant vers l'ouest, on constate que cette frontière capricieuse se permet des incursions surprenantes sur l'un ou l'autre des versants. Le val d'Aran est bloqué au sud par une ceinture continue de très hauts reliefs et s'ouvre tout naturellement vers le nord ; depuis le XIIe siècle, il est cependant resté dans la mouvance aragonaise à la suite d'une embrouille féodale datant de 1192 qui fut pérennisée en 1314 par le pape Boniface VIII, à qui Philippe le Bel avait imprudemment confié l'arbitrage. Seul Napoléon osa, pour très peu de temps, rectifier cette anomalie séculaire en rattachant le val d'Aran à l'arrondissement de Saint-Gaudens.
Quoi qu'il en soit, nous traitons du passé mais le présent est particulièrement fugitif : demain nous pourrons, lors de randonnées montagnardes, aller reconnaître les bornes et les croix qui firent l'objet de tant de soins et de chamailleries ; elles ne seront plus que des vestiges archéologiques de frontières à demi désaffectées et désertées par les gendarmes et les douaniers. Dans un futur proche, les Pyrénées vont cesser d'être un cul-de-sac, un glacis militaire ou un cordon douanier, pour retrouver leur unité première et revenir à leur vocation "naturelle" de charnière entre les peuples et les nations. |