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Un chiffre magique
On peut presque parler de
liturgie, à propos du mariage ossalois dont les rites se déroulaient d'une façon
spectaculaire jusqu'au début du siècle. Au matin, l'époux envoie chez sa fiancée
une ambassade de jeunes garçons, les donzellous, pour chercher la jeune
fille. L'un d'eux lui adresse un compliment, qui peut être
spécialement composé pour cette occasion, et un chant d'accueil, l'arcoelhence,
qu'accompagne le chœur des donzellous. Souvent on invitait un homme de
la vallée, renommé pour son talent, à composer ces vers de circonstances ou à
les improviser : les chants d'accueil de Laurent Arribère-Gramont, qui vécut à
Izeste de 1798 à 1870, sont restés célèbres. Alors intervenait l'offrande du
présèn, le cadeau rituel offert par la famille de l'épousée à celle de
l'époux. Des fruits, des pains, du fromage venant du domaine, quelques fois des
poules, un gigot, une bouteille de vin vieux, s'entassaient dans une corbeille
autour d'un arbre symbolique fait d'un rameau à neuf branches, sur lesquelles
étaient piquées neuf pommes. Une garde d'honneur accompagnait le porteur ou la
porteuse. Quand le cortège arrivait devant la porte, on l'ouvrait avec une
formule en usage dans tous les pays de langue gasconne :
"Aübrit, aübrit,
pourtaüs d'argèn !
"Ouvrez, ouvrez, portes d'argent !
Que b'apourlam u bèt présèn !"
Nous vous apportons un beau présent !"
Les neuf pommes étaient détachées
les premières et, une par une, remises d'abord aux époux, puis aux parents,
tandis qu'on chantait une de ces antiques "chansons de neuf" :
"Aü noste poumé ! Que y abé naü
poumes...
"A notre pommier, il y avait neuf pommes..."
En Ossau encore, comme dans
l'arrière pays du Béarn et dans beaucoup d'autres vallées, les rites de prises
de possession de la maison par la nouvelle mariée participaient d'un symbolisme
très expressif : elle allait dans la grande cheminée toucher la crémaillère ;
certaines même l'embrassaient, adoptant une fois pour toutes le nouveau foyer,
qui a gardé en Béarn, son nom latin de laré, l'autel des dieux lares.
En Couserans, dans la région d'Aspet,
sa mère, ou à défaut la plus âgée de ses parentes, lui présentait autrefois, sur
le seuil de la porte, du blé et une quenouille ; le blé signifiait qu'elle
aurait à travailler la terre en l'absence de l'homme, parti avec le troupeau.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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