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En 1950, les
membres de l'archiconfrérie de la Sanch, avec l'accord du curé de Saint-Jacques
et de l'évêque de Perpignan, demandent aux autorités de la ville de renouer avec
l'ancienne tradition et de faire de Perpignan le "Séville français" de la
Semaine sainte. La procession de la Sanch recommença à parcourir les rues de la
ville au son de la cloche des condamnés : spontanément, plusieurs paroisses du
Roussillon vinrent se joindre à la confrérie avec leurs pénitents masqués et
leurs statues de la Passion. |
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Mais pour
beaucoup ce fut aussi la commémoration d'un souvenir plus dramatique. Par une
ironie féroce du sort, un des dignitaires de l'archiconfrérie, au XVIIe siècle,
avait été François Sagarra, le "terrible juge", la bête noire de ceux qui
n'avaient pas accepté la séparation du Roussillon et de la Catalogne, au traité
des Pyrénées. Lors de la conspiration de Villefranche-de-Conflent en 1674, le
sang coula dans les tortures et les supplices ordonnés par ce fidèle
inconditionnel de la monarchie française. Les confrères de Sagarra assistèrent,
la mort dans l'âme, aux exécutions imposées par leur grand dignitaire, qui
revêtait successivement la robe du juge et la caparutche du président de
l'archiconfrérie. Pour les Français qui regardaient ces processions du Jeudi
saint, elles n'étaient qu'un objet de réprobation. On se moquait "de ces
pratiques bizarres et de ces représentations tragico-comiques pour lesquelles le
peuple témoigne un zèle très ardent". Après avoir vu ces manifestations, un
intendant écrivait à Paris : "Il faut éteindre le génie catalan".
Aussi, beaucoup
de ceux qui s'avançaient aujourd'hui sous cette même caparutche, derrière
la croix des improperis, au rythme de la cloche des condamnés, veulent
par là effacer le souvenir d'un sang injustement répandu, témoigner de la
résurrection de l'âme de ce peuple que d'autres avaient voulu éteindre.
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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