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Un présage de bonheur
Deux rites importants restent à
accomplir du nouveau couple dans la communauté villageoise, le paiement du
tribut à la jeunesse, la sègue, et l'épreuve du passe-rue.
La sègue, en vallée
d'Aspe l'arroumégade, est ainsi définie par un vieux texte béarnais
"Quand le marié et la mariée vont entendre la messe nuptiale, on prend une
ronce et on la met sur le chemin de l'église, et on empêche le marié et la
mariée de passer sans qu'ils aient payé un, deux, trois écus et autant de pots
de vin."
La reine Catherine de Navarre
ayant interdit la sègue, cette "extravagance" devint, au dire
de l'abbé Bonnecaze, plus impérative que jamais. "Deux ou trois hommes,
dit-il, se plaçaient armés à la porte du cimetière de la paroisse (qui
menait à l'église) pour empêcher le futur et la future d'avancer qu'ils
n'eussent payé un prétendu droit d'entrée fondé sur un usage abusif et
superstitieux. Les gardiens de la sègue déchargeaient alors leurs
armes et se joignaient au cortège, tandis que ceux dont la parcimonie
avaient été remarquée étaient couverts de huées."
A l'origine de la sègue
il n'y qu'un droit d'entrée ou de bienvenue appliqué à celui des époux qui
ne fait pas encore partie de la communauté des véziaux, où il va résider
par son mariage. La jeunesse du coin est chargée de le prélever et on le
retrouve dans les statuts des "abbayes de jeunesse" médiévales sous divers noms
: droits de reconnue, barrière de garçonnage... La bonne volonté des
contribuables respectueux des traditions mirent en appétit les percepteurs, qui
décidèrent l'application de ce droit à tous les mariages, prétextant des usages
dont personne ne pouvait expliquer l'origine. Aucune ordonnance de la reine, ni
mandement de l'évêque ne pouvait rien contre un groupe de jeunes bien décidés,
et la sègue subsista partout où les jeunes se trouvèrent assez nombreux
et groupés pour l'exiger.
Au début du siècle la cérémonie
ne manquait pas de pittoresque ; le discours du préposé à la sègue
mélangeait le latin, le béarnais et le français, à rendre jaloux Janotus de
Bragmardo haranguant Pantagruel : "Anem doun, Messiüs, quép bau parla
dus mouts de biarnes (Ainsi donc Messieurs, nous allons dire deux mots de
béarnais) à cause que tout lou mounde ne coumpren pas lou lati ni lou
francès..."
Aux environs d'Oloron, en vallée de Josbaig, des arroumegades, faites
d'un arceau de bois léger décoré de buis et de fleurs, étaient tenues par des
femmes pauvres et âgées. L'une d'entre elles présentait sur un plateau de petits
bouquets de primevères et de violettes. Les invités les prenaient en échange de
quelque argent. Ce discret rappel du tribut était accepté joyeusement en présage
de bonheur.
Aujourd'hui, la coutume est
encore respectée par des femmes qui vivent à l'ombre de l'église. Quand le
cortège sort de la cérémonie, elles offrent des bouquets de fleurs, des petits
gâteaux, rosquilles ou pastis, avec du vin blanc... N'est-ce pas
plus aimable que des coups de pétoires du vieux temps !
"Guide des Pyrénées
mystérieuses" par Bernard Duhourceau - Tchou
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